Un apprentissage de soi-même
Créée par Moshe Feldenkrais, ingénieur-physicien, chercheur en physique nucléaire et première ceinture noire européenne de Judo, cette méthode est l’une des pionnières de l’éducation somatique. Curieux et humaniste, Feldenkrais a su intégrer ses connaissances et compétences pour développer une approche visant à améliorer la perception de notre squelette et de nous-mêmes, à renouer avec l’apprentissage inné de l’enfant, à identifier nos routines comportementales et à explorer de nouveaux chemins pour affiner nos mouvements.
Son objectif est aussi de se libérer des blocages, des habitudes et des enfermements que nous avons construits au fil du temps.
Il s’agit avant tout d’un apprentissage de soi, à la fois corporel et mental, qui fait appel à la pleine conscience. On peut dire que la méthode Feldenkrais est au corps ce que la Pleine Conscience (Mindfulness) est à l’esprit : des outils puissants et complémentaires.
Cette méthode nous enseigne à reconnecter chaque partie de notre corps, en leur donnant un sens dans l’action.
Exploration & Sensibilisation sensorielle
Le cadre d’apprentissage repose sur l’exploration personnelle, l’acceptation de soi et la non-compétitivité.
La méthode met l’accent sur la sensibilisation sensorielle (porter son attention sur le ressenti) plutôt que sur l’action motrice (le faire). Ainsi, la façon dont nous exécutons le mouvement importe plus que le résultat lui-même.
L’apprentissage somatique proposé par la méthode Feldenkrais commence souvent par apaiser le bavardage mental afin de concentrer notre attention sur les stimuli sensoriels du corps : la respiration, la tension musculaire, le contact avec le sol (ou la chaise si nous sommes assis), etc.
Dès les années 1950, Feldenkrais a observé et formulé des hypothèses sur ce qui serait plus tard connu sous le terme de neuroplasticité, décrivant comment le cerveau peut se modifier à travers l’apprentissage.
Dans la pratique de cette méthode, l’information sur le corps et son mouvement est transmise du système musculo-squelettique au système nerveux. Cette information, porteuse de sens, permet au cerveau de l’utiliser et de réagir de manière plus appropriée, ce qui peut améliorer la posture et le mouvement.
Feldenkrais et le chant
Apprendre et pratiquer le chant avec la méthode Feldenkrais implique d’incorporer des concepts tels que :
Le mouvement : Le chant est dynamique. Beaucoup de chanteurs pensent que leur technique doit être figée, souvent en cherchant à “poser leur voix”. Cette perception crée une immobilité à tort.
La connexion : Chaque élément impliqué dans la phonation fait partie d’un tout. Se concentrer uniquement sur des parties spécifiques (comme la langue ou le larynx) sans tenir compte de leur interconnexion ne permet pas une approche systémique.
La réactivité : Il n’est pas toujours nécessaire de rechercher un but précis. Tout ce que nous faisons s’ajuste à la situation. Ce concept, difficile à accepter, peut mener à des résultats inattendus et souvent plus bénéfiques.
La conscience de soi : Un des objectifs de la méthode est d’améliorer l’image de soi, permettant une plus grande conscience de nos actions et de nos possibilités.
L’apprentissage : Corriger ou suivre des instructions ne constitue pas un véritable apprentissage. Faire des exercices de respiration n’a de sens que s’ils aident à comprendre la fonction respiratoire sur un plan somatique.
Ainsi, nous pouvons prendre n’importe quel son ayant un effet sur le conduit vocal et l’élargir pour en faire un processus d’apprentissage, permettant une assimilation où la fonction est acceptée comme une option par notre corps et notre système nerveux.